Les pelleteuses étaient arrivées durant la nuit. Au petit matin, elles étaient là, rangées les unes derrière les autres, le long du mur du cimetière.
Le bruit avait couru qu'un centre commercial allait être construit sur le terrain vague appartenant à la commune. En fait, il s'agissait d'une usine de fabrication de papier qui s'étendait du zoning industriel en empiétant sur la partie du terrain qui longeait leurs installations existantes. Notre terrain de jeu n'allait donc pas totalement disparaître. L'arrivée d'une armada d'ouvriers allait tout de même singulièrement modifier notre quotidien.
Un mois après leur arrivée, les remblais de la construction avaient considérablement transformé les lieux. Bosses et fosses constituaient une aire de jeu inattendue. Serge et moi y avions basé notre "camp". Une plaque de tôle surplombant deux bosses, couverte de terre, d'herbe et de branchage, une palette de bois fermant un coté, l'autre consistait en une haie d'épineux. Nous étions chez nous et nous sentions seul au monde. Nous ramassions les bouteilles consignées laissées sur le chantier par les ouvriers, et nous allions les transformer en argent à l'épicerie du village. Muni de ce magot, nous allions régulièrement acheter des cigarettes à la librairie en bas du village. Nous avions une demi-heure de marche à effectuer mais c'était l'assurance d'obtenir, auprès de cette brave femme un peu naïve, les cigarettes convoitées que nous venions prétendument chercher pour nos parents, alors que le libraire nous aurait plus vraisemblablement mit son pied au cul.
Avec nos munitions, quelques fois agrémentées de canettes de bière, nous remontions au camp, excités à l'idée d'éviter à tout prix des rencontres avec des connaissances. Le détour pour éviter la rue dans laquelle j'habitais rallongeait le trajet d'un bon quart d'heure supplémentaire.
Au fur et à mesure, le confort de notre camp s'était étoffé. Un vieux garde mangé grillagé nous servait d'armoire, un vieux matelas poisseux de fauteuil, une lampe chapardée au chantier pour l'éclairage, parfaitement inutile puisque nous subissions l'injuste interdiction parentale de traîner dehors à la nuit tombée, et un trou creusé dans la terre de coffre fort. Emballées dans un sachet plastique entouré d'un gros élastique, notre butin attendait à l'abris de l'humidité qu'une escapade nous soit possible. Nous prenions des airs d'adultes pour tirer sur nos clopes, reproduisant sans le savoir les mimiques vues chez nos fumeurs de parents respectifs. Une plaquette de chewing-gum était là pour masquer les odeurs pour le moment où il serait temps de rentrer.
Nos copains de classes finirent par avoir vent de notre installation. Toutes les demandes d'invitations à participer à nos jeux recevaient systématiquement une fin de non recevoir. Serge prétendait que moins on était à être au courant, moins on courait de risque. J'appuyais énergiquement cette position, même si mes motivations étaient d'un autre ordre. Je n'avais aucune envie de partager mon amitié avec qui que ce soit.
Le premier mercredi des vacances fut extraordinaire cette année là. Nous avions fait notre marché à la librairie. Il faisait une chaleur étouffante. Nous avions donc pris en sus six canettes de bière. La petite vieille en avait conclu que nos parents avaient soif.
Allongé sur le matelas défoncé, nous fumions et buvions allègrement. Nous jetions régulièrement un coup d’œil à l'extérieur pour s'assurer de notre impunité. Il était peu vraisemblable que quelqu'un vienne, les copains qui savaient craignaient les représailles, enfin celle de Serge en particulier, les autres ne pouvaient rien apercevoir de la route.
Je ne sais quoi, de la bière ou des cigarettes fumées l'une après l'autre, me faisait tourner la tête, mais je me sentais bien. Torses nus, nos épaules se touchaient. Je sentais sa chaleur. C'était pour moi enivrant. Serge interrompit ce précieux moment.
- Faut que je pisse, lança-t-il
- Oh, moi aussi...
- Mon père dit toujours que quand tu bois une bière t'en pisse deux...
- On fait l'concours ?
- Ok, celui qui perd à un gage.
Notre jeu favori consistait à uriner le plus loin possible, le gagnant se trouvant renforcé dans une virilité pourtant toute relative. J'étais assez bon à ce petit jeu. Je partais toujours confiant.
Du haut d'une bute, la cigarette au bec, tout occupé à notre affaire, on fut saisi par la vision d'un ouvrier, manifestement occupé à se soulager lui aussi. Quatre à quatre, le cœur battant, on fila se réfugier sous la tôle. La proximité inattendue de ce bonhomme nous avait dopés à l'adrénaline. En fanfaronnant, on cherchait à se convaincre qu'il ne nous avait pas vus. Notre cachette était sauve. Par précaution, nous avions écrasé nos cigarettes et planqué nos bières. Retenant notre souffle, on épiait le moindre bruit. Le silence était seulement déchiré par les bruits provenant au loin de la construction.
Serge prétendit avoir gagné le concours, ce que je lui contestai pour la forme. En fait, l'idée d'être à sa merci ne m'était pas du tout désagréable...
- Je suis ton chef pendant une heure, dit-il, tu dois m'obéir.
- Ok mais c'est toujours la même chose avec toi... Je ne vais pas te servir de boy, cette fois, ne compte pas dessus.
Serge avait un sourire énigmatique.
- Tu dois faire tout ce que je veux, me répondit-il pour me faire enrager.
J'attendais ces dictats en pestant à l'idée qu'il allait encore me soumettre à ses caprices débiles auxquels je me plierai de peur qu'on ne soit plus amis. Il jouait souvent de ce registre avec moi. J'y étais particulièrement sensible. Il l'avait bien compris.
- Montre-moi ta queue, ordonna-t-il soudain.
Je fus saisi par la nature de sa demande. Je ne m'attendais pas à ce genre de jeu avec lui. Savait-il quelque chose à propos de moi et d'André ? Pourquoi me lançait-il ce défi tout à coup ? Curieusement, je ressentis un peu de gêne, alors que franchement, c'était somme toute inespéré pour moi. Gêne mêlée d'excitation. Lui, Serge, m'invitant à des jeux interdits qui m'était personnellement coutumier ?
Ce n'était pas tant la nature de sa demande qui me troublait. C'était surtout que ça correspondait aux fantasmes qui nourrissaient mes moments intimes durant lesquels, quasi tous les soirs depuis qu'André m'avait initié, je me masturbais sous les couvertures en pensant à lui, l'imaginant bouillant de désir pour moi.
Mes rêves se réalisaient-ils, n'était-ce qu'un jeu passagé ? Son plaisir était-il de m'avoir sous sa coupe ou ressentait-il ne fusse qu'un peu de désir pour moi ? Je n'avais pas de réponse.
J'ai baissé mon short, attendant allongé, immobile, la queue à l'air. Je ne bandais pas, comme si je craignais qu'il ne parte d’un grand éclat de rire pour me dire qu'il ne s'agissait que d'un défi stupide, et qu'il était satisfait que je m'y sois plié.
Il avait manifestement autre chose en tête.
Il sortit un mouchoir de sa poche, comme s'il avait prémédité les choses. En fait, Serge avait toujours un mouchoir. C'était une des curieuses attentions que sa mère avait pour lui. Il ne sortait jamais sans qu'elle lui rappela de se munir d'un mouchoir...
Il le déplia d'un geste sec et, le tenant d'un coin, m'en caressa les parties en douceur.
Mon sexe durcissant n'était à l'instant qu'une réponse physiologique au contact agréable du tissu. Mon esprit était accaparé par le sentiment nouveau que, pour une fois, j'avais le dessus sur lui. Ce n'était si fréquent. La maladresse qu'il manifestait me disait qu'il s'aventurait en terrain inconnu là où moi, j'avais de nombreux repaires. Je m'enhardis aussitôt.
Dégageant son bras, je me mis à genoux et le repoussai sur le matelas. Allongé les bras ballants, il me regardait fixement. Je saisis son short et, soulevant son bassin, lui descendis sur les chevilles. Au repos, déposée sur ses testicules comme dans un écrin, sa queue me paru grande, belle, douce, magnifique. Il avait plus de poils que moi. Il formait un triangle noir qu'on eut dit taillé sur mesure. Un léger duvet montait de son pubis vers son nombril. Son torse était glabre mais commençait déjà à se dessiner. De larges tétons brun clair ornaient ses pectoraux prometteurs. A cet instant, mon érection était d'une toute autre nature.
Je saisis du bout des doigts son sexe endormi et le soulevai précieusement de ses boules, qui se mirent doucement en mouvement, montant et descendant, tournant légèrement sur elles-mêmes. Je contemplais ce spectacle connu comme si c'était la première fois.
Me penchant au-dessus de lui, j'engloutis son sexe mou à pleine bouche. Je faillis m'étrangler, tant elle me parut épaisse.
Maintenant sa verge du bout des doigts, j'exerçais une légère pression sur ses bourses. Je glissai ma langue sous son prépuce et fis le tour de sa couronne grenelée en douceur. L'ampleur rapide que prit sa bite et les gémissements qu'il laissait échapper me confortait dans mes entreprises.
Le goût légèrement amer de sa queue et l'odeur acidulée qui s'en dégageait me rendaient au comble de l'excitation. Je sentais ma bite tressaillir sous la pression sanguine. Elle venait par moment claquer sur mon ventre. J'englobai son gland turgescent de mes lèvres en exerçant une pression de plus en plus soutenue. Sous le plaisir, Serge ondulait du bassin. Je gobais tout à coup ses couilles, une puis l'autre. A peine velues, elles me paraissaient tellement appétissantes. A la vue, elles me semblaient énormes. Pourtant, je n'eus aucun mal à les recevoir toutes deux en bouche. A la différence de moi, Serge ne paraissait pas fragile de ce coté-là. Je les tournais en bouche, les malaxais avec la langue, bavant tant et plus, sans que je ne perçoive chez lui qu'un plaisir croissant.
Tout à coup, Serge ouvrit les yeux, me fixant en souriant. Sans un mot, il se redressa. J'interrompis donc, momentanément espérais-je, mes activités. Je perçus que, s'il s'était laissé faire langoureusement, sa nature dominatrice allait bientôt prendre le dessus.
Il me saisit par les épaules, me renversa sur le matelas et se mit à califourchon sur mes jambes. Avec des gestes fermes laissant peu de place à la résistance, il prit la direction des opérations. Mon tempérament le laissa m'emporter.
Et il m'emporta. Haut et fort.
Avec des gestes maladroits, il parcourait mon corps de ses mains fines. Se soulevant légèrement, il vint s'asseoir sur ma bite qu'il ajusta entre ses fesses. Quelques gouttes claires perlaient de mon gland. Il entreprit des va et vient, coulissant sur ma bite chaude de désir, dans un simulacre de coït qui nous transportait de plaisir.
Il déposa ses lèvres sur les miennes. Je brûlais du désir de lui rendre son baiser mais il garda les lèvres pincées. Ses seules références en la matière semblaient être les baisers de cinéma vus, revus et commentés à profusion lors des séances de ciné club qu'organisait tous les mois Matthias, notre curé.
Ça n'avait rien de très agréable, mais le moment n'était pas idéal pour émettre une quelconque critique. Je m'empressai de lui saisir les fesses pour appuyer les caresses de son anus sur mon sexe, dont je percevais l'agréable chaleur.
Alors que je le branlais doucement, il me sembla apercevoir une ombre furtive. Distraitement, je détournai le regard vers ce que j'avais cru voir bouger subrepticement.
Planté à deux mètres de l'entrée de la cabane se trouvait un jeune mec qui ne devait pas être beaucoup plus âgé que mon frère aîné. A son bleu de travail et à son casque posé à ses pieds, je compris de suite qu'il travaillait au chantier.
Avant que je n'ai même eu le temps d'avoir peur, il m'invita au silence en posant son doigt sur ses lèvres puis me décocha un sourire d'une douceur telle que je le regardai sans rien dire. A l'évidence, il ne nous voulait aucun mal, tant et si bien que, de crainte de voir nos jeux s'arrêter brusquement, je gardai le silence.
La protubérance de son entrejambe, moulée dans son bleu de travail me laissait à penser qu'il y avait un moment qu'il était là. Réitérant son geste de silence, il entreprit de d'ouvrir un à un les boutons de sa braguette. Il souriait doucement, gentiment, comme s'il me demandait une faveur.
Je crois bien avoir ressenti alors, plutôt qu'une crainte légitime, un sentiment diffus de complicité. Serge, lui tournant le dos, s'était légèrement redressé et me branlait consciencieusement. Je lui rendais la pareille en sentant monter en moi un regain d'excitation. Le jeune homme tenait sa queue à pleine main, et je voyais apparaître puis disparaître son gland brillant à un rythme croissant.
Serge montait vers le plaisir. Ses gémissements se mêlaient aux miens. Nous nous masturbions de concert. Penchant légèrement la tête sur le coté, j'apercevais la bite de notre visiteur tout en ayant face à moi celle de Serge qui s'agitait à proximité de mon visage.
Notre hôte avait fourré un mouchoir dans sa bouche, qu'il mordait à pleines dents pour contenir ses gémissements précurseurs de l'orgasme. Il déchargea en un jet puissant qui vint mourir à un mètre de l'entrée. Enivré par le spectacle, j'éjaculai à mon tour, arrosant allègrement le torse de Serge, qui jouit aussitôt, m'atteignant en plein visage. Il se tenait sur ses bras, penché sur moi, haletant comme un bœuf. Son sperme me coulait sur le visage, je déposai mon regard dans celui de notre visiteur. Il me décocha à nouveau un sourire en rangeant sa bite assouvie dans son slip. Il ramassa son casque en m'envoyant un baiser de la main. Il disparut comme il était venu.
Serge n'en a jamais rien su.
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